On a tous fait ça : arriver au practice, saisir le driver, et frapper des balles pendant 45 minutes en espérant que quelque chose s'améliore. C'est satisfaisant. Ça ressemble à du travail. Et c'est probablement le meilleur moyen de ne pas progresser aussi vite qu'on le pourrait.

La raison est simple, et les chiffres sont implacables. Environ 50% des coups d'une partie amateur se jouent à moins de 100 mètres du trou. Chips ratés, pitches trop longs, bunkers transformés en cauchemar, putts à deux mètres manqués. C'est là que la partie se gagne ou se perd — pas sur le fairway.


La zone des 50-100 mètres — là où les amateurs gagnent ou perdent 10 coups par partie sans le savoir

Prenez n'importe quel golfeur qui joue autour de 100 coups sur 18 trous. Retirez les putts — environ 36 en moyenne, soit le par putting d'un tour. Il reste 64 coups. Combien ont été frappés à plus de 150 mètres ? Rarement plus de 20 ou 25. Tous les autres se jouent dans cette zone intermédiaire et autour du green : les approches, les chips, les pitches, les sorties de bunker.

C'est une réalité que les moniteurs professionnels répètent sans relâche, et que les amateurs mettent des années à vraiment intégrer. On préfère frapper fort et loin — c'est visible, c'est gratifiant, ça impressionne le groupe. Mais ce qui fait descendre le score, c'est de chiper proprement à trois mètres du trou plutôt qu'à sept, de sortir du bunker du premier essai au lieu du troisième, de ne pas three-putter chaque green parce qu'on a mal géré son approche.

Dix coups perdus dans cette zone à moins de 100 mètres sur une partie de 18 trous, c'est une estimation prudente pour un débutant. Parfois c'est quinze. Et contrairement à un mauvais drive — qui demande des mois de travail technique pour s'améliorer — les progrès dans le jeu court sont rapides, mesurables, et ne nécessitent pas un swing parfait.

Chip vs pitch — la différence concrète

La confusion entre ces deux coups est universelle chez les débutants. Et c'est compréhensible : dans les deux cas, on frappe une balle courte en direction du green. Mais la mécanique et l'intention sont différentes.

Le chip est un coup bas qui roule. La balle décolle peu, atterrit tôt sur le green, et parcourt la majorité de la distance en roulant comme un putt. On l'utilise quand on est proche du green avec peu d'obstacles entre soi et le trou — une bordure basse, un fairway ras, de l'herbe courte. Un chip réussi ressemble davantage à un long putt qu'à un coup d'approche.

Le pitch est un coup plus haut qui s'arrête. La balle monte davantage, atterrit plus près du trou et ne roule que peu une fois posée. On l'utilise quand il faut passer un obstacle — une bordure haute, du rough épais, un bunker entre soi et le green, ou quand la pente du green monte vers le trou et qu'un coup roulé partirait trop loin.

Coup Trajectoire Roulement Quand l'utiliser
Chip Débutant Basse, plate Long (60-80% de la distance) Proche du green, surface libre devant
Pitch Haute, arquée Court (20-30% de la distance) Obstacle à franchir, green pentu ou rapide

La règle empirique des bons joueurs de jeu court : choisissez toujours le chip quand vous pouvez. Un coup roulé est plus facile à contrôler qu'un coup en l'air. La balle au sol se comporte de façon prévisible ; la balle en vol est soumise à l'effet, au vent, à l'angle d'attaque. Quand on débute, minimiser les variables est toujours la bonne stratégie.

La technique du chip simple — trois points, pas dix

Il existe des dizaines de façons d'enseigner le chip. Certains moniteurs vous donnent sept points d'attention. D'autres en ont douze. Le résultat, c'est qu'on arrive au bord du green avec tellement de choses en tête qu'on ne pense plus à jouer — on joue une checklist.

Voici les trois points qui suffisent vraiment pour avoir une base solide :

1. Balle légèrement en arrière du centre

Pas au milieu du stance, pas complètement au niveau du pied arrière — légèrement en arrière du centre. Cette position encourage un contact de balle descendant, ce qui produit cette trajectoire basse caractéristique du chip. Si la balle est trop avancée dans le stance, on a tendance à "scooper" — c'est-à-dire à vouloir aider la balle à monter avec les mains, ce qui produit les tops et les fats que tout le monde connaît.

2. Poids sur le pied avant

60 à 70% du poids sur le pied côté cible. Cette configuration incline légèrement la colonne vers la cible, favorise un plan de swing qui descend sur la balle, et simplifie tout le mouvement. On garde ce poids du début à la fin du coup — pas de transfert de poids comme dans le swing complet.

3. Mouvement court, pas de poignets

Le chip n'est pas un mini-swing. C'est un mouvement d'épaules, proche du putting dans son économie. Les poignets restent fermes — on ne "casse" pas les poignets en arrière pour tenter d'ajouter de la puissance ou du backspin. La longueur du backswing contrôle la distance, pas l'accélération des mains.

Le club à utiliser : On entend souvent "chip avec un wedge". C'est une erreur fréquente chez les débutants. Un wedge produit un coup trop haut pour la plupart des situations de chip. Essayez plutôt un fer 7 ou un fer 8 — la balle partira plus basse, roulera davantage, et sera beaucoup plus facile à contrôler. Réservez le wedge aux situations où vous devez vraiment monter haut vite.

Le bunker — moins difficile qu'on ne le pense

Le bunker est le coup qui fait le plus peur aux débutants. Et pourtant, c'est l'un des coups qui s'améliore le plus vite avec un peu de méthode. La raison pour laquelle tant d'amateurs peinent dans le sable, c'est qu'ils essaient de frapper la balle. Et c'est précisément ce qu'il ne faut pas faire.

Dans un bunker de greenside, on frappe le sable derrière la balle — pas la balle elle-même. Le club entre dans le sable à environ 5 centimètres derrière la balle, passe sous elle, et la soulève avec le sable. La balle sort portée par le sable plutôt que frappée directement. C'est contre-intuitif, mais c'est pour ça que le bunker est plus facile qu'il n'y paraît : le sable fait le travail.

L'ouverture de la face

Avant de jouer le bunker, ouvrez la face du club. Faites pivoter le manche du wedge vers la droite (pour un droitier) avant de prendre votre grip — pas après, sinon la face se referme au moment de l'impact. Cette ouverture augmente le rebond de la semelle du club, ce qui l'empêche de s'enfoncer trop dans le sable et l'aide à glisser proprement sous la balle. Un lob wedge ou un sand wedge ouvert à 45 degrés sort du sable avec une efficacité remarquable même pour un débutant.

Deux autres ajustements clés pour le bunker : ouvrez légèrement le stance (pieds orientés vers la gauche pour un droitier), et enfoncez vos pieds dans le sable pour stabiliser le bas du corps. Puis visez le point d'entrée dans le sable — pas la balle — et frappez avec confiance. Le plus grand ennemi du bunker, c'est la décélération. Un swing qui ralentit avant l'impact produit à coup sûr un coup bâclé. Accélérez jusqu'au bout.

La sortie de bunker ne demande pas une force particulière. Ce qu'elle demande, c'est de la conviction dans le mouvement — et ça, ça vient très vite avec la pratique.

Pourquoi 30 minutes autour du green battent 2 heures au driving range

On revient à la statistique de départ : 50% des coups à moins de 100 mètres. Pour un joueur à 100, c'est 50 coups. Pour un joueur à 90, c'est 45. Si vous pratiquez exclusivement au driving range, vous travaillez les coups qui représentent l'autre moitié de votre partie. Le calcul est brutal.

Il y a une autre raison, moins évidente : les progrès dans le jeu court sont non linéaires dans le bon sens. Un amateur qui n'a jamais travaillé ses chips peut perdre 8 coups en un seul tour uniquement sur des approches manquées et des bunkers ratés. Avec 3 ou 4 séances ciblées, il peut réduire cette perte de moitié. C'est 4 coups gagnés en quelques semaines — un gain qui aurait demandé des mois sur le driver.

Il y a aussi un effet psychologique. Un jeu court solide change la façon dont on aborde chaque trou. Quand on sait qu'on peut sortir proprement d'un bunker ou chipper à deux mètres du trou, on joue avec beaucoup moins de pression sur les coups longs. On accepte l'erreur sur le fairway parce qu'on sait comment la gérer autour du green. Le jeu court donne une forme de confiance structurelle qui rayonne sur tout le reste du jeu.

Les exercices simples à faire avant ou après une partie

Chaque club affilié FFGolf dispose d'une zone d'entraînement autour du green. C'est l'une des ressources les plus sous-utilisées par les débutants. Avant de prendre le départ, ou après votre partie quand le parcours se libère, voici quelques exercices concrets.

Le parcours d'obstacles autour du green

La plupart des zones de pratique proposent plusieurs trous d'exercice avec des départs à des distances variées et dans des configurations différentes — certains avec du rough devant, certains avec un bunker à franchir, certains en montée, d'autres en descente. On appelle ça un "pitch and putt" ou simplement la zone de petit jeu. Faites-en le tour complet : commencez par le chip de 5 mètres, puis de 10, puis de 15 — à chaque fois, essayez de laisser la balle dans un rayon d'un mètre autour du trou. Comptez les réussites. Vous verrez votre taux progresser séance après séance.

Le jeu du cercle

Placez six balles autour d'un trou d'exercice à deux mètres de distance. Tentez de rentrer les six. Puis recommencez jusqu'à en rentrer quatre d'affilée. C'est l'exercice de putting de courte distance le plus efficace qui soit, et la plupart des joueurs qui le font régulièrement notent une amélioration significative en moins d'un mois.

La session bunker de 20 minutes

Si votre club a un bunker d'exercice — et la plupart en ont un — prenez-y une dizaine de balles. Pas besoin d'une heure : 20 minutes bien utilisées suffisent à ancrer la mécanique. Ouvrez la face, visez le sable derrière la balle, accélérez. Recommencez jusqu'à ce que la sortie devienne automatique. La première fois que vous sortirez du premier coup dans une vraie partie, vous vous souviendrez de cette séance.

Astuce pratique : arrivez au golf 30 minutes avant votre heure de départ. Utilisez ces 30 minutes non pas au driving range mais en totalité autour du green et sur le putting green. Vous monterez au premier tee avec les mains chaudes, une idée précise de la vitesse des greens du jour, et une confiance dans votre jeu court qui vaut plus que 60 balles frappées au filet.


Le jeu court n'est pas spectaculaire. On ne fait pas des vidéos sur les réseaux sociaux de ses chips ou de ses sorties de bunker. Mais c'est là que la partie se construit — trou après trou, coup après coup. Un chip proprement joué à 1,5 mètre du trou, suivi d'un putt rentré, ça vaut autant émotionnellement qu'un drive à 250 mètres. Et ça arrive beaucoup plus souvent dans une partie.

La prochaine fois que vous hésitez entre le driving range et la zone de petit jeu, souvenez-vous : 50% des coups, c'est là qu'ils se jouent. C'est là qu'on progresse le plus vite. Et c'est là que les bons scores se construisent.

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